PATRIMOINE DE LA PHOTOGRAPHIE
« Patrimoine de la Photographie » & « Patrimoine en péril : raviver, résister, réinventer »
« Nout zistwar an Foto »
La Possession au fil des images
Une image ne fige pas simplement un instant : elle conserve une mémoire. Témoignage du passé, elle immortalise un paysage, un bâtiment, un événement ou un visage, devenant au fil du temps une véritable archive de l'histoire. À travers cette exposition, la Ville de La Possession vous invite à parcourir près de deux siècles d'histoire à travers l’iconographie. Du battant des lames jusqu'au sommet des montagnes, découvrez l'évolution de La Possession et de ses quartiers, depuis le XIXe siècle jusqu'au début des années 2000.
C'est sur le littoral de La Possession que débute l'histoire de Bourbon avec la prise de l’île en novembre 1649. Au fil des siècles, un bourg se développe au rythme du commerce maritime, du batelage et de la pêche, tandis que les Hauts se construisent entre marronnage, concessions agricoles et ruralité. Cette identité singulière conduira La Possession à devenir une commune à part entière le 29 septembre 1890.
Si, au fil de l’histoire, l’iconographie s’est développée sous différents aspects (dessins, peintures, sculptures…), c’est au XIXe siècle que le procédé photographique connaît un essor majeur. Né en 1826 et présenté à l’Académie des sciences en 1839, il connaît de nombreuses évolutions techniques qui facilitent sa diffusion. La photographie permet de conserver durablement les paysages, les monuments et les sociétés. Dès la seconde moitié du XIXe siècle, les photographes parcourent l’océan Indien et La Réunion, constituant une mémoire visuelle exceptionnelle du territoire. Au XXe siècle, la photographie s’impose progressivement dans le quotidien.
La Possession devient alors un véritable sujet de représentation. Artistes et photographes, éditeurs de cartes postales, services de l’État et habitants immortalisent successivement ses paysages, ses quartiers, son patrimoine et ses habitants. Aujourd'hui, ces clichés constituent un patrimoine iconographique permettant de redécouvrir un territoire en constante évolution et de transmettre son histoire.
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1) Quartier de la Possession : 1864, Roussin, Louis Antoine (1819-1894)
2) La Possession, Charles Saunier, V.1870
3) ILE de la RÉUNION - GRANDE-CHALOUPE - Débarquement en quarantaine, Luda, 1905-1910
4) Ile de La Réunion – Grande Chaloupe – En attendant le Train
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1) Quartier de la Possession : 1864, Roussin, Louis Antoine (1819-1894), 1864, Estampe, Iconothèque Historique de l’Océan Indien, Département de La Réunion

En 1864, Antoine Roussin réalise une lithographie du quartier de La Possession. Cette représentation est l’une des plus anciennes images de La Possession et elle fut, pendant longtemps, l’iconographie de référence pour évoquer le quartier. Le choix d’Antoine Roussin de dessiner l’église de La Possession n’est pas anodin. Si le bâtiment était au cœur du quartier, son histoire est également intimement liée à l’identité du territoire. Dès 1835, les Possessionnais demandent l’édification d’un lieu de culte dans le quartier. Une modeste chapelle existe depuis 1834 dans une case en bois, puis en pierre. En 1837, Monsieur Retout, adjoint spécial de La Possession, récolte 9 700 francs grâce à une collecte. Ces fonds permettront d’aménager une petite église. Le 13 décembre 1852, La Possession devient une paroisse à part, ce qui permet au territoire de s’affirmer de plus en plus. Pas à pas, le quartier se développe et s’autonomise avec son propre cimetière ou encore un poste de gendarmerie. Les habitants multiplient les demandes pour se détacher de Saint-Paul. Cette requête est finalement acceptée en 1890, lorsque La Possession devient une commune à part entière.
2) La Possession, Charles Saunier, V.1870, Iconothèque Historique de l’Océan Indien, Département de La Réunion

Charles Saunier fait partie des pionniers de la photographie à La Réunion. Vers 1870, il réalise une photographie du quartier de La Possession. Dans cette seconde moitié du XIXe siècle, La Possession vit encore du batelage : le débarcadère de Monsieur Técher et quelques barques sont visibles. Des longères installées dans le bourg stockent des marchandises. On reconnaît les longères de l’actuelle médiathèque Héva, avec des cabanons d’engagés. L’église de La Possession domine le petit village avec son clocher. Au loin, il est possible d’apercevoir les fortifications de la batterie d’artillerie qui laissera son nom au « terrain de la Batterie ».

La baie de La Possession s’étend de la Pointe des Galets jusqu’à la Grande Chaloupe. Ce dernier quartier constitue un écart choisi pour accueillir un lazaret en 1860. Alors que l’esclavage est aboli en 1848, la colonie fait appel à des travailleurs sous contrat venus de tout l’océan Indien : c’est le système de l’engagisme. Si nombre de ces engagés sont des « Malbars » venus d’Inde, on trouve aussi des « Zarabs » du Gujarat, des « Sinoi » de Canton, mais également des Malgaches et des Africains. La Possession, à travers le lazaret de la Grande Chaloupe, devient la porte d’entrée de ces populations. L’arrivée dans l’île se fait grâce à un pont-débarcadère, immortalisé sur cette photographie du début du XXe siècle. Alors qu’un navire à vapeur mouille en rade, on peut observer une petite chaloupe faisant la liaison jusqu’au pont. Sur le pont, des voyageurs arrivent en portant leurs bagages. Assis dans l’herbe, près des rails du chemin de fer, des hommes observent la scène.

Cette carte postale nous plonge au plus près de la gare de la Grande Chaloupe, avec son architecture typique des structures du chemin de fer de La Réunion. Inauguré le 11 février 1882, le chemin de fer connecte Saint-Benoît à Saint-Pierre, avec pour objectif premier de faire transiter des marchandises, principalement du sucre, jusqu’au port de la Pointe des Galets. Mais le Ti Train servira aussi au transport des personnes et s’ancrera durablement dans les mémoires de La Réunion. La halte de la Grande Chaloupe est l’un des lieux iconiques de l’histoire ferroviaire réunionnaise. Cette gare est située dans un quartier excentré, à mi-chemin entre La Possession et Saint-Denis. Elle était surtout à proximité directe du lazaret de la Grande Chaloupe, avec un paradoxe étonnant : les usagers du lazaret, censés être en quarantaine, côtoyaient de près les voyageurs du chemin de fer. La photographie de la carte postale nous laisse également voir la mixité ethnique réunionnaise à l’aube du XXe siècle, avec les différentes tenues des voyageurs attendant le train.







